STAB « Tout doit disparaître »

 

« Tout doit disparaître » : ce slogan commercial bien connu, injonction putassière à l’achat et à la consommation à outrance, incarne ici également un rappel de notre condition mortelle et de la futilité des ambitions humaines, une évocation de la fin inéluctable d’un monde, ou un appel à faire table rase pour mieux le refonder. Chacun choisira son camp."

" Manipulateur d'images, je me plais à détourner les icônes modernes et anciennes, mariant art sacré et esthétique publicitaire, pop culture et visions d'apocalypse, pillant des siècles d'iconographie, exhumant, tranchant et réassemblant des morceaux choisis afin de donner vie à des hybrides tour à tour séduisants, grotesques et inquiétants.
 
Après des années de pratique du dessin, la découverte du collage, il y a maintenant une dizaine d'années, fut pour moi une véritable révélation : cette technique, bien qu'elle repose sur un matériau existant et limité, me permettait à la fois de concrétiser mes visions et de les dépasser, chaque image trouvée en appelant d'autres et ouvrant de nouvelles perspectives. Du collage traditionnel à la colle et aux ciseaux, je suis rapidement passé au numérique, à mesure que je m'orientais vers des compositions plus complexes et réalistes, mettant souvent en exergue le côté obscur des mythes fondateurs des sociétés occidentales actuelles.
 
L'imagerie traditionnelle de la dévotion chrétienne est envahie par les incarnations du nouveau culte de la consommation, de la croissance et du libéralisme triomphant. Les pestiférés de Brueghel et les démons de Bosch croisent Barbie et Bernard Madoff, Ronald McDonald et Godzilla dans une gigantesque danse macabre. Les images juxtaposées acquièrent des significations nouvelles, parfois évidentes, parfois plus cryptiques. En se plongeant dans les détails souvent foisonnants, chacun peut y trouver des personnages, références ou symboles qui lui sont familiers, la perception, l'interprétation et la réaction du spectateur étant façonnées par sa propre expérience et sa vision du monde.  Sur la base de cet art par essence ludique, j'ai récemment voulu pousser plus avant l'interaction avec le public en créant des installations permettant de jouer avec mes œuvres : vanité électronique, bandit manchot satanique ou baby-foot du Jugement dernier, ces objets, sous couvert d'amusement innocent, convoquent des thématiques plus sombres qu'il n'y paraît et identifient le spectateur – devenu acteur – aux personnages naïfs et béats de mes collages, qui continuent de s'amuser alors que le monde autour d'eux part à vau-l'eau."

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